Seul au monde : la triste réalité d’un migrant

Photo : Giorgos Moutafis

Photo : Giorgos Moutafis

Le sort de nombreux migrants reste aujourd’hui souvent dans l’ombre, parfois pour toujours, parfois dans l’attente d’un peu de reconnaissance en tant qu’êtres humains. A travers cette fiction basée sur des témoignages réels, nous retracerons le parcours d’un migrant Iranien, de son pays natal à son nouveau pays d’accueil.

Un jour en Iran, la situation d’Abil* est devenue trop critique. Du haut de ses 21 ans, en plus d’être un objecteur de conscience, Abil a décidé de se convertir au christianisme. Cela fit de lui un homme recherché par les autorités iraniennes, sa vie ainsi que celle de sa famille étant alors clairement en danger. A contre-coeur, Abil a alors décidé de quitter son pays natal. et de franchir la frontière commune avec la Turquie afin de se lancer dans un voyage de plus de 6 ans. A ce moment, il ne se doutait pas que cette décision changerait sa vie bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer.En effet, à partir du jour où Abil a passé la frontière turco-iranienne suite à 10 heures de marche, il a franchi une barrière imaginaire dont les conséquences sont inimaginables. Se retrouvant seul au monde, dans une ignorance totale, à la merci des caprices des passeurs, des mafieux, des militaires et des policiers, les expériences extraordinaires se sont alors enchaînées. Abil relate :

« Je me souviens de la joie ressentie lorsque j’ai franchi cette frontière, je quittais enfin mon pays et tous les problèmes qui vont avec. Je voyais le bout du tunnel, loin de m’imaginer ce qui allait pourtant m’arriver dans la suite de mon périple ».

Dès son arrivée en Turquie il a été arrêté par la police et a passé 8 mois en prison. Ce n’était alors que le début d’un cauchemar qui allait se prolonger.

« Lorsque je dormais sur un banc en attendant un interrogatoire. Je sentais que le mur était plus grand qu’il ne l’était en réalité. Le plus haut mur que j’aie jamais vu de ma vie. Ce mur me séparait de ma liberté, il me maintenait en cage, me mangeant à petits crocs. Tu ne peux t’échapper, tu te sens faible, tu ne peux rien changer. Même si tu as envie de changer le passé, revenir quelques heures en arrière. Personne en dehors de cette prison ne savait que j’étais là, personne. Ce sentiment est le pire que j’aie eu dans ma vie. »

Abusé par des passeurs et menacé par la mafia

Une fois sorti de prison, Abil a décidé de continuer en direction de la Grèce afin d’atteindre l’Europe. Car il avait entendu que la Grèce était un pays sûr. Les voies maritimes étant clairement dangereuses, il a décidé de passer par la frontière terrestre. Depuis une ville nommée Edirne, le groupe de migrants dont Abil faisait partie a marché sept heures.

« Au début, le passeur nous affirmait que cela durerait une heure, puis, tout en marchant vers l’inconnu, les heures se sont prolongées. Les passeurs te donnent de l’espoir, mais comme souvent lorsque tu entreprends une migration, cela finit par une déception, littéralement une arrestation suivi d’une détention en prison. Les passeurs sont des menteurs au premier abord, il ne te font pas confiance et ne pensent qu’à ton argent. Plus tu t’approches du but, plus tu reçois d’informations. »

Après avoir atteint la Grèce, Abil a été attrapé par la police. Contre une somme d’argent, les policiers l’ont libéré et amené à Athènes. Une fois à Athènes, il a déposé sa demande d’asile. Mais il a très vite été confronté à la triste réalité.

« Un soir, pendant que je traversait un passage piéton, une moto chevauchée par deux hommes avec des battes de baseball m’a foncé dessus. Une fois au sol, les deux hommes m’ont battu, je pensais que j’allais mourir. Le pire, c’est que j’entendais les gens autour de moi crier ‚ laissez-le mourir, ce n’est qu’un chien, une ordure ! Laissez-le mourir ! ‚. Quel genre de personne peut tenir de tels propos ? »

Abil n’avait donc toujours pas trouvé la sécurité qu’il recherchait, la raison même de son départ de l’Iran. Il a donc décidé de continuer en Macédoine et ainsi se diriger vers le nord de l’Europe.

Si un migrant se fait attraper en Macédoine, il est tout de suite envoyé en prison. Il faut donc directement continuer en direction de la Serbie. Pour y passer, Abil a du payer mille euros, mais arrivé en Serbie, il a été attaqué par des mafieux.

« Ils m’ont menacés avec une arme sur la tempe et m’ont demandé mille euros. Chose que je n’avais pas, mais heureusement la police est intervenue, les mafieux ont ainsi pris la fuite ».

La police a arrêté Abil, et suite à 3 mois de prison, il a été renvoyé en Macédoine.

La migration : un monstre qui te court après

Cet aller retour se répéta trois fois, et à chaque fois il fallait repayer les mille euros des passeurs. « Lorsque on sait que le retour en arrière n’est pas possible, on est obligé d’accepter ». Finalement, après avoir passé la Serbie, la Bosnie et la Croatie, Abil a atteint la Slovénie, où il a nouveau été arrêté par la police. Comme la Slovénie fait parti des accords de Dublin (plus d’informations sur les accords), les autorités l’ont renvoyé en Grèce où il avait formulé sa première demande d’asile. Finalement après 6 ans de voyage Abil a obtenu le statut de réfugié, mais en même temps il s’est retrouvé à la case départ, sans une possibilité de rentrer, condamné à s’intégrer en Grèce, pays faisant face à de nombreuses difficultés où la vie des migrants est infâme (lien rapport).

« Lorsque l’on est seul au monde, un besoin de sécurité est nécessaire! Certes en tant que migrant nous avons très peu d’attentes quant au futur, mais l’aspect sécuritaire est primordial. Quand tu n’est pas protégé tu as peur, tu cherche la protection ».

Pour illustrer la migration, Abil m’a parlé d’un « monstre qui te court après, mais tu ne sais pas où tu cours, quelque part où tu seras en sécurité. Et si nécessaire tu sautes dans la première maison (sous-entendu un pays), sans savoir à qui est cette maison et comment elle est. Aujourd’hui, j’ai brisé ma famille, je suis au bord de la dépression, et après 6 ans de galère, je ne me sens toujours pas en sécurité. Où est l’égalité ? Où sont les droits humains ? Nous avons nos droits et ne sommes pas des animaux. Ne nous laissez pas dans l’ignorance, aidez-nous s’il vous plaît…».

*prénom fictif

Volkan Graf

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